7 octobre 2007
Bruno Latour
Professeur et directeur adjoint de Science-Po depuis juin 2007, Bruno Latour fait partie de ces sociologues français dont les travaux sont mondialement reconnus.
Marqué par l’influence de Michel Serres, cet agrégé en philosophie a développé une approche particulièrement originale de la construction des faits scientifiques.
La science et le droit comme constructions sociales
Pour lui, les études scientifiques sont socialement construites, c’est à dire que leur existence dépend profondément de leur interprétation. Dès lors, le monde des sciences pourrait s’apparenter à un système de croyances et de cultures.
Pour appuyer sa thèse, Bruno Latour prend l’exemple de Louis Pasteur dont il consacre un ouvrage, publié en 1984, et intitulé la Vie de laboratoire avec les Microbes : Guerre et paix. Dans son étude, le sociologue démontre que les avancées scientifiques de Louis Pasteur ont été progressivement acceptées, en raison de facteurs idéologiques et non en fonction d’une simple “preuve” scientifique.
De la même façon, Bruno Latour s’attache à démontrer dans La fabrique du droit (2002) que les règles juridiques sont produites et vécues à partir de réalités sociales.
Se revendiquant comme un “anti-moderne”, Bruno Latour adopte un point de vue relativiste. Le “réel” que la science ou le droit décrit ne peut être distingué des conditions économiques, sociales, idéologiques et anthropologiques dans lesquelles s’exerce la production de connaissances ou de normes.
Cette perception constructiviste de l’ordre social mériterait d’être utilisé comme un outil d’analyse majeur pour les forces de gauche.
La sociologie des acteurs-réseaux
Avec Michel Callon notamment, Bruno Latour va aussi développer le concept d’”acteur-réseau”. Ce concept tient son originalité à la prise en compte non plus seulement des humains mais aussi des objets et des discours, dans l’analyse de la société. Celle-ci dépend de manière aussi égale des hommes, que des objets ou des pratiques.
Toute théorie sociologique devrait donc considérées les objets (vêtements, outils de communication, etc) et les animaux comme des sujets sociaux, au même titre que les hommes.
En schématisant, Bruno Latour considère que l’ordre social est également dépendant des humains que des objets. Ainsi, et pour prendre un exemple, la société serait bouleversée si on retirait les ingénieurs mais aussi si on enlevait les téléphones ou les banques. C’est ce à quoi, le sociologue s’essaie à démontrer dans son livre Changer de société -refaire de la sociologie (2006).
De manière provocante, Bruno Latour n’hésite pas à revendiquer la prise en compte, par la politique, des non-humains. Il plaide ainsi pour un “Parlement des choses”. Dans celui-ci les objets seraient représentés par des savants ou des personnalités reconnues pour leurs compétences sur un sujet. Dans le quotidien Le Monde du 26 février 2003, Bruno Latour détaille ainsi son projet : Puisqu’il y a toujours eu deux Chambres, que l’on écrive explicitement leurs rôles contradictoires et complémentaires dans la nouvelle Constitution. Il ne s’agit pas de confondre les capacités politiques et les investigations savantes - chacun doit rester dans son domaine de compétence -, mais de prendre acte de ce que les objets auxquels s’appliquent ces compétences bien distinctes sont dorénavant communs. N’y a-t-il pas là, pour un élu, une base territoriale aussi solide que l’actuelle élection indirecte par des maires et des conseillers généraux ? Ce “M. ou Mme Oiseaux migrateurs” du Sénat ne serait-il pas infiniment plus populaire, médiatique, intéressant et sollicité que s’il était élu par les seuls chasseurs, les seuls écologistes, les seuls naturalistes ? N’aurait-il pas beaucoup à dire à son voisin de banc “M. ou Mme Zones inondables” ?
Si le propos pourrait faire sourire, la façon dont les objets naturels (couche d’ozone, forêts, eau…) sont aujourd’hui au coeur même des débats politiques, plaide d’une certaine manière en faveur de la proposition décapante du philosophe.
L’enjeu écologique
Assez logiquement, Bruno Latour s’est donc engagé en faveur de l’écologie politique. En liant définitivement l’économie à la politique, il considère que l’écologie constitue un nouveau paradigme dans nos sociétés.
Même s’il est difficile de suivre la conception défendue par Bruno Latour selon laquelle l’écologie ne serait ni de droite ni de gauche, ces travaux et ses prises de position constituent autant de contributions salutaires à l’édification d’une gauche répondant réellement aux enjeux de la mondialisation.



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