magauche.net

10 décembre 2007

CLASSES PREPARATOIRES

« L’égalité permettra la diversité alors qu’aujourd’hui la diversité est promue pour empêcher l’égalité. Et si cela ne devait pas être le cas, alors il faudrait prendre des mesures, favoriser par exemple le développement de classes préparatoires dans les ZEP », entretien avec Patrick Weil, revue L’OURS, juin 2003.

En France, les filières d’excellence s’apparentent souvent à des filières de reproduction sociale. On ne compte ainsi que 5% d’enfants d’ouvriers dans les classes préparatoires, soit huit fois moins que les enfants de cadres.

Il faut dire qu’aux ségrégations sociales s’ajoutent aujourd’hui, une véritable discrimination territoriale dans notre système scolaire. Les travaux du sociologue Eric Maurin ont ainsi mis en lumière les inégalités de destin entre les jeunes des quartiers populaires et ceux des centre-villes.

Pour rendre plus égalitaire le système éducatif français, il ne suffit pas de prendre quelques mesures correctives mais bien au contraire de refonder intégralement les modes d’accès aux grandes écoles pour ne plus faire du concours « cet acte de clôture qui instaure entre le dernier élu et le premier exclu la discontinuité d’une frontière sociale » (Bourdieu).

L’exemple de l’Institut des Etudes Politiques (IEP) de Paris est, à cet égard, éclairant. On sait que le problème du recrutement de cette école tient aux épreuves qui composent l’examen d’entrée : La pratique d’une langue vivante et la culture générale sont les deux matières les plus discriminantes socialement. Au lieu de repenser ces matières et les remplacer par d’autres qui puissent se préparer (comme le bac), les responsables de cette école ont préféré choisir quelques élèves méritants issus de quartiers défavorisés. Mais cet affichage de diversité ne change en rien la ségrégation sociale du concours.

La Gauche doit donc porter des réformes ambitieuses et radicales pour assurer une véritable égalité des chances des élèves. A côté de la réforme des concours, il serait nécessaire de reprendre la proposition de l’universitaire Patrick Weil détaillée dans son ouvrage « La République et sa diversité. Immigration, intégration, discrimination » (Paris, Seuil, “La République des Idées”, 2005). Le chercheur y plaide le développement de classes préparatoires dans les établissements situés en Zones d’Educations Prioritaires (ZEP).

Patrick Weil propose aussi de donner la possibilité à 7% des meilleurs bacheliers de chaque lycée en France, d’accéder aux classes préparatoires aux grandes écoles.

Cette réforme pragmatique permettrait de démocratiser véritablement l’élitisme scolaire en garantissant l’accès aux élèves de chaque lycée aux meilleures filières post-bac.

- Voir le podcast de Patrick Weil sur le sujet
- En savoir plus : le site de Patrick Weil : www.patrick-weil.com

 

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13 commentaires à consulter.

Jules Aimé a écrit :

ne faudrait-il pas mieux intégrer les classes prépas aux universités, créant ainsi un mixité sociale, que les élèves des classes prépas suivent des cours à la fac, comme ceux des écoles normales par exemple.

dans tous les cas, il faut absolument développer les classes prépa en dehors des lycées de centre ville.

Rantanplan a écrit :

En effet,

une réflexion serait à avoir sur la disparition pure et simple des classes préparatoires. Mais cela veut dire aussi, être capable, d’encadrer plus fortement les élèves des facs.

Natacha78 a écrit :

Enfin, une idée forte et originale pour la gauche ! D’ailleurs très bien défendue par patrick weil lui même ici http://www.magauche.net/patrick-weil-directeur-de-recherche-au-cnrs/

Jean Louis a écrit :

les classes prépas permettent de construire des élites pour notre pays. Cette proposition ne fait que renforcer un peu plus l’immobilisme du pays en supprimant les élites.

mister wiki a écrit :

Les concours ont beaucoup évolué, ne serait-ce que parce que le nombre d’écoles d’ingénieurs ou de commerce a considérablement augmenté.

En 2006, on comptait plus de 180 écoles à caractère scientifique. Les Écoles supérieures de commerce sont elles au nombre de 56.

38 000 étudiants entrent en classe préparatoire par an, 28 000 sont admis dans une école, 2000 rejoignent une école post-bac, 7200 rejoignent l’université dont 5600 en licence et 1600 en DUT (IUT). En 2005, le ministère de l’éducation nationale a dépensé 13560 euros par étudiant en classes préparatoires aux grandes écoles contre 7210 euros par étudiant en université (hors IUT)[3].

Si les concours des écoles les plus prestigieuses restent très sélectifs, peu de candidats n’obtiennent pas de place à un concours au moins. En ce qui concerne les concours scientifiques en 2006, 18 552 candidats ont été classés sur 23 282. 17 460 ont été appelés, ce qui signifie qu’on leur a offert une place dans une école à l’issue du concours. 13 906 l’ont acceptée, les autres préférant le plus souvent refaire une année de prépa pour tenter d’obtenir une école leur convenant mieux ou poursuivre leurs études à l’université. Enfin, 1 433 places n’ont pas trouvé preneur.

arthur a écrit :

Ce qu’il faudrait c’est une intégration des classes préparatoire à la fac. C’est originellement leur vocation surtout pour les filières littéraires qui préparent essentiellement aux concours de l’enseignement. Il ne s’agirait plus d’une discrimination, dans un sens et dans l’autre, une “prépa” au sein de l’université trouverait naturellement sa place dans un parcours de préparation, comme on trouve pour l’agreg, le capes,…

De plus, un élève CPGE “coûte” 4 fois plus cher en moyenne qu’un élève d’université. L’élitisme a mon avis se situe là. Pas plus dans le concours en soi, ou la sélection que dans l’attention financière et intellectuel qui va être donné à chaque étudiant dans le moment crucial qu’est le début de cycle universitaire.

marseillais a écrit :

arthur,

Je ne suis pas sûr que la suppression des classes prépa soient une bonne solution. Ces vilièfres ont un itnérêt évident puisqu’elles dovent normalement préparer à des concours, ce qui n’est pas l’objet initial de la fac.

Par contre, il faudrait limiter les équivalences de ceux qui sont en classes prépa. Car on sait bien que de bons élèves préfèrent aller en prépa, non pour préparer un concours, mais pour bénéficier d’un meilleur encadrement pendant deux ans avant de basculer dans le système universitaire. C’est cet écueil là qu’il faut combattre.

marc a écrit :

Bonjour à tous, je vois que ce sujet vous intéresse tous, et je comptais vous apporter mon point de vue qui est celui justement d’un élève en classe préparatoire, je suis donc en première année en prépa ENS cachan droit/éco, ma prépa a l’avantage de nous offrir une perspective intéressante puisque nous suivons un DEUG en fac de droit qui est spécialement aménagé pour que nous puissions suivre les deux enseignements.
Cela n’est malheureusement pas le cas de la majorité des prépas dont certains élèves vont avoir à se réinsérer dans un environnement qu’ils ne connaissent pas, on peut cependant saluer les équivalences que l’université reconnait maintenant à un bon nombre de prépa, notamment les hypokhâgne.
Enfin, en dehors de ce descriptif, c’est vrai que la mixité sociale n’est pas le mot d’ordre en prépa, bien que la classe ne soit pas homogène de ce point de vue non plus… On nous a rappelé un certain nombre de fois que nous coutions bien plus à l’Etat qu’un étudiant, mais c’est aussi justifié puisque nous bénéficions d’un enseignement de haute qualité.
D’autre part l’État mise sur l’avenir, c’est dans les prépas que se trouvent les futurs cadres de la nation, d’un autre côté on peut se désoler en voyant justement ces cadres qui ont été formés avec de l’argent public qui vont vivre aux États unis ou en Angleterre en se plaignant que les impôts sont trop élevés en France, alors qu’ils ont eux même bénéficié d’un système dont ils empêchent la pérennité.
Sinon installer des prépas en ZEP pourquoi pas…. mais le nombre de prépas est déjà assez important, il faudrait plutôt encourager le système de bourses ou d’une aide au logement qui en soit véritablement une afin d’encourager la mixité sociale( certaines personnes dans ma prépa en sont bénéficiaires).
De toute façon on ne peut pas taper sur les prépas en disant qu’elles coutent trop cher, cela est justifié, ce qu’il faut c’est un investissement accru dans l’université, la France est trop à la traine…
Voilà mes quelques idées de jeune préparationnaire de gauche…

Aspasie a écrit :

Intégrer les classes prépas aux facs ne veut pas dire faire disparaître les classes prépas, mais, au sein des universités, mettre en place un cursus qui forme aux concours puisqu’il utiliserait les potentialités de plusieurs filières. L’expérience a déjà été tentée dans une fac de sciences, Luminy, à Marseille, où il y a quelques années on pouvait préparer l’entrée à Normal Sup Lyon ; il n’y avait qu’une dizaine d’étudiants inscrits dans ce cursus, mais quatre ou cinq réussissaient chaque année.
En intégrant les prépas aux universités, l’idéal serait de faire passer l’enveloppe alloué aux prépas aux universités. Comme les étudiants de la prépa suivraient des enseignements avec les autres (mais eux le feraient sur plusieurs filières, à la différence des autres), c’est l’Université tout entière qui en bénéficierait.
Mais bon, ça c’est la vision idéale au niveau financier…

Duncan a écrit :

Je ne pense pas que mettre les classes préparatoires dans des quartiers soit utile.

Les classes préparatoires sont pour l’étudiant la voie la moins onéreuse. Elles sont gratuites et souvent un internat est accolé au lycée qui règle les problèmes de logements pour des tarifs peu élevés.
Clairement l’accès aux classes préparatoires n’est pas un problème matériel et en renforçant le système de bourse et réservant des places d’internats pour des élèves issus des ZEP, il peut être entièrement réglé.
D’ailleurs les classes préparatoires attirent en général des étudiants qui habitent à 50 voire parfois 100 km.

Il y a ensuite 2 problèmes pour l’accès aux classes préparatoires :

un renoncement interné : les classes préparatoires sont réputées difficiles et les élèves peuvent ne pas se sentir à la hauteur. Pour casser cette dévalorisation, la solution repose sur des personnes pour encourager et pousser les étudiants à postuler en classe préparatoires si ils ont le niveau. Cela devrait être fait par des professeurs ou des conseillers d’orientation qui connaissent les élèves et qui auraient une bonne connaissance du système des classes prépartatoires.

Le second problème est la discrimination.
A condition que les élèves postulent bien en classe préparatoires, ils se font refuser sous pretexte qu’il viennent des ZEP.
Pour savoir si ce problème existe, il faut déjà s’assurer que le problème précédent est réglé. Est-ce le cas ? Pour celà il serait bon de recueillir le témoignage des acteurs de terrain pour s’assurer ou non de la discrimination.

Un petit détour par la description du système des classes préparatoires pour comprendre en quoi imposer un nombre d’élèves dans les classes préparatoires est délicat mais possible.

En effet, on s’imagine les classes préparatoires comme un système homogène.
Or c’est faux, les classes préparatoires sont fortement hiérachisées. Leur niveau et leur réputation se définit par le nombre d’élèves qu’elles envoient dans telles grandes Ecoles. Chiffres actualisés et publiques chaque année.
Pour maintenir leur réputation les lycées à classes préparatoires sont seul maître de leur recrutement. Celui-ci se fait sur dossier papier où figurent les notes de première et des premiers trimestres de terminales, les commentaires des professeurs et la note du bac français qui permet de vérifier que les notes sont crédibles. Bien sûr le lycée d’origine joue. Puisque avoir un 14 de moyenne générale à Henri IV n’a pas la même valeur dans le processus de sélection qu’un 14 dans un lycée de ZEP.
Les lycées sélctionnent alors les élèves qui répondront aux critères de leur réputation. Ainsi en terminale, les étudiant qui ont par exemple entre 15 et 17 de moyennes iront dans la meilleur classe préparatoire de leur région, ceux dans la tranche 14-15, dans la seconde …
En celà les classes préparatoires reproduisent les inégalités scolaires (et donc sociales ) de la terminale.

Après cet apparté vient une question : si l’on impose un certain nombre de personnes, risque-t-on de casser tout ce système qui repose sur la sélection et la réputation (changer ce système est un autre problème) ?
Pour parler crûment, est ce que celà ne va pas faire baisser le niveau et brouiller le signal de réputation qu’émettent les classes préparatoires ?
Pour ne pas casser les équilibres, il faut imposer à chaque classe préparatoire de Louis Le Grand à la petite classe préparatoire de province un nombre d’élèves issus des ZEP mais les laisser libre de leur sélection.
De plus il faudra permettre aux classes préparatoires à publier leur résultats globaux d’entrée au concours mais aussi les résultats distinguant les élèves de ZEP, des autres.

Cette mesure doit ensuite être évaluée en suivant le parcours sur 5 à 10 ans de ces élèves : le seul critère qui prévaudra sera la réussite de ces élèves aux concours à l’issu des 2 ans de classes préparatoire.

Mais cette mesure ne peut être que transitoire. De manière à amorcer la pompe pour encourager les élèves des ZEP et permettre d’intégrer les ZEP dans le réflexe de recrutement des classes préparatoires. Les classes préparatoires iront recruter d’elle même là bas si elles s’aperçoivent qu’il y a d’assez bons élèments pour leur réputation.

renge a écrit :

je ne comprends absolument pas a quoi sert les classes prepa aidez moi je suis en terminale s spé/physique quesque je dois ois faire a qui envoyerest ce que la date d’inscription pour les a toujours lieu

Arthur Mesmin a écrit :

Cette analyse me semble assez représentative du moule commun de nos élites… la classe prépa qui reste en dernier recours le bijou de notre méritocratie.

Les vrais inégalités ne se jouent pas là, elles se jouent entre les élèves des classes prépas et ceux de la FAC. Combien de postes à l’agrégation pour ceux qui ne sont jamais passé au moins par la prépa, sinon par les Grandes Ecoles? Ce qui est grave avec le système prépa-grande écoles c’est qu’elles créent un parallélisme imperméable (ou presque) entre deux cursus, mettant au final deux types d’élèves en concurrence déloyale face aux concours. Le premier permet à l’élève d’être encadré, d’avoir un “formatage” et de manier un “langage” que les correcteurs (eux aussi issus de prépas) apprécient et d’avoir parfois un confort matériel appréciable grâce aux rémunérations des ENS notamment, l’autre élève, celui qui n’a jamais fait ni prépa ni grande école, n’a qu’une formation assez légère pour la préparation des exercices et n’a pas bénéficié d’une formation multidisciplinaire. Ce parralélisme est vraiment effrayant, il divise deux mondes.
Je ne suis pas en train de dire qu’il faut éradique ce système mais pourquoi n’intègre-t’on pas les prépas au sein de l’université en créant des pôles d’excellence plus perméable avec les autres UFR, permettant de se préparer pour les concours et la recerche. Cela permettrait la création de nombreux ponts pour les élèves et faciliterait, par la faculté, l’intégration de jeunes issus de milieux plus défavorisés.
Cela permettrait peut-être de rendre à l’université ses lettres de noblesse en matière d’enseignement. Ainsi on ne la considérera peut-être plus comme un excellent pôle de recherche et un lieu d’apprentissage à éviter le plus possible.

Kevin a écrit :

Je ne comprend pas vraiment pourquoi il n’y a pas plus d’élèves issues de milieux modestes en prépa. J’ai fait 3 ans de prépa et je suis boursier. Je suis donc issu d’un milieu pas vraiment aisé mais je n’ai eu aucun mal à entrer en prépa : les sélections de font sur le dossier scolaire, les notes, etc… et non pas sur le compte en banque des parents.

Je me souviens que beaucoup de mes amis en terminale (même meilleurs que moi), on choisit la fac par facilité, effrayé par la charge de travail qu’on leu promettait en prépa. Aller en prépa, c’est surtout une histoire de motivation en fait.

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