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15 novembre 2007

POUR UN NOUVEAU COMPROMIS SOCIAL

« Si nous prenions en France la décision politique d’éradiquer la pauvreté infantile, cela ne représenterait financièrement qu’un coût supplémentaire équivalent à 0,4 % du produit intérieur brut ». Gosta Esping Andersen, in Why we Need a New Welfare State, Oxford University Press, 2002. Voir aussi Eric Maurin, Le ghetto français. Enquête sur le séparatisme social, éd. du Seuil, 2004.

Nous avons sans doute atteint une étape critique de l’histoire de notre État social, mais cela n’implique toutefois pas qu’il faille l’aborder en posant de manière restrictive la question des moyens comme le fait systématiquement la droite depuis plus de 20 ans.

Aujourd’hui on observe un renversement de tendance tout à fait préoccupants concernant l’augmentation des inégalités de revenu d’espérance de vie ou de conditions de travail. Les nouveaux pauvres sont dorénavant essentiellement des jeunes, des familles monoparentales et des personnes sans qualification professionnelle et des retraités aux modestes pensions. Les risques ont également changé de nature. Ils se jouent désormais principalement dans les conditions de l’accès à l’emploi et dans un certain rapport au patrimoine.

Si l’on peut considérer que le système de protection sociale est à la croisée des chemins, c’est parce que son devenir dépendra des nouvelles formes de compromis sociaux et politiques auxquels nous saurons parvenir.

Un premier compromis devrait contribuer à mieux répartir les sécurités liées au rapport d’emploi. Les tendances les plus fortement inégalitaires sont en effet liées au développement et à la concentration sociale de la précarité. Alors que dans les années 80, sur 100 personnes en situation de précarité, 80 d’entre elles s’en étaient sorties un an plus tard, seules 70 % y parviennent aujourd’hui.

Un deuxième compromis devra être établi entre les générations. Les inégalités se sont nettement creusées à ce niveau. Les inégalités sont flagrantes au niveau des revenus, de la progression salariale ou en matière de patrimoine. Les personnes de plus de 50 ans avaient ainsi un patrimoine brut plus important en termes relatifs en 2004 qu’en 1992, alors que les moins de 30 ans en avaient un plus faible.

Troisième compromis : celui qui doit permettre de mieux concilier vie familiale et vie professionnelle. L’état de friche dans lequel se trouve aujourd’hui cet important chantier est au cœur des inégalités dont souffrent les femmes et, à travers elles, les enfants. Il est urgent de faire émerger ce nécessaire « deuxième âge de l’émancipation » des femmes.

Le quatrième compromis interroge les conditions de diffusion de ce patrimoine qu’est l’investissement massif de l’Etat dans la formation initiale et permanente. Il est nécessaire de renforcer les dispositifs de protection sociale financés par une fiscalité progressive et par la sécurisation et l’amélioration des conditions de vie de ceux qui subissent le plus négativement les effets de la mondialisation, soit les milieux situés au bas de l’échelle sociale. Il est donc utile d’établir une stratégie sociale axée sur les enfants et l’éducation, dont on sait qu’elle est la plus efficace en termes de justice sociale.

Ces compromis ne pourront être atteints sans une forte mobilisation collective. Or celle-ci ne sera possible que sur la base d’une vision claire de la solidarité comme moyen d’émancipation et d’égalité.

Lien : Voir le site d’Urgence Sociale, association animée par Pierre Larrouturou : www.urgencesociale.fr

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