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1 octobre 2007

Ulrich Beck

Si les partis de Gauche en général, et les structures françaises en particulier, s’intéressent de moins en moins à la production des idées, de nombreux intellectuels continuent de produire des travaux théoriques qui cherchent à donner des clés de lecture et du compréhension du monde.

Parmi eux, Ulrich BECK est certainement un de ceux qui a influencé le plus fortement la social-démocratie européenne, ces dernières années. On lui doit, en effet, un certain nombre de concepts - de la société du risque à l’exigence de cosmopolitisme - qui sont venus nourrir utilement les réflexions de la Gauche à l’heure de la mondialisation.

Né en 1944, Ulrich BECK enseigne la sociologie à l’université de Munich. Profondément marqué par l’influence de Jurgen HABERMAS, ses premières recherches vont être consacrées aux changements sociologiques provoqués par les développements industriels et technologiques.

la société du risque

Pour lui, la modernité bouleverse profondément les rapports sociaux et interrétatiques car elle pose une problématique nouvelle, celle de la “répartition du risque”.

En effet, Ulrich BECK considère que la “production sociale des richesses” est désormais intimement liée à une “production sociale des risques”, notamment sur le plan écologique.

Ces nouveaux risques que décrit le sociologue ne sont pas des effets externes au progrès techniquemais bien des effets internes qui ne sont ni limités dans le temps, ni dans l’espace : Ainsi un incident nucléaire ou des nuages toxiques dépassent sans difficulté les frontières, menacent l’ensemble d’une société - aussi bien les pauvres que les riches -, et même des populations qui ne sont pas encore nées.

Cette situation nouvelle doit obliger le système politique traditionnel à évoluer. Il faut, selon Ulrich BECK, revenir à la “grande politique”, c’est à dire dépasser les visions limitées et nationales pour se poser des questions globales.

Le monde étant dorénavant confronté à des risques d’une ampleur inégalée, il est nécessaire que la “société mondiale” s’organise pour contruire des dispositifs politiques et sociaux permettant de prévenir les dangers et de se préparer à l’imprévisible.

Cette évolution nécessaire qu’Ulrich BECK appelle “la deuxième modernité réflexive” est l’objet de son livre, publié en 2001 et intitulé La société du risque. Sur la voie d’une autre modernité.

Le méta-jeu politique

Dans un autre ouvrage édité quelques années plus tard, Pouvoir et contre-pouvoir à l’ére de la mondialisation (2003), Ulrich BECK prolonge ses réflexions et cherche à définir la société de demain.

Dépassant les constructions théoriques classiques et notamment la lecture interratiques des rapports internationaux, le sociologue propose de s’arracher de “l’ancien monde” pour tenir compte de la société mondiale telle qu’elle est réellement.

Il avance ainsi le concept de “cosmopolitisme méthodologique” qui vise à étudier l’ensemble des problèmes essentiels dans les sociétés mondialisées. Il décrit ainsi la politique mondiale qui, au-delà des États et des institutions, se manifeste comme une logique de la modification des règles, comme une logique de la modification des relations et des échanges entre les groupes sociaux et les États.

Pour Ulrich BECK, les Etats-nations ne sont donc plus les seuls acteurs au niveau mondial. Pour s’affirmer dans ce monde complexifié, les Etats doivent s’efforcer de dépasser la concurrence et les affrontements pour trouver des bases de coopération multiples et des alliances plus ou moins temporaires. la politique devient, en ce début du XXIème siècle, une sorte de “méta-jeu”.

Tout aussi fondamentalement, Ulrich BECK avance l’idée que la globalisation économique est à la fois une réalité et une idéologie. Comme l’explique le chercheur Frédéric Vandenberghe :”Toujours à la recherche de la combinaison la plus avantageuse du capital et du travail, les entreprises et les multinationales rêvent d’un « capitalisme sans travail et sans impôts ». Mettant l’État et les syndicats sous pression, elles invoquent la compétition internationale et menacent de délocaliser la production. Le résultat de cette menace de délocalisation n’est pas seulement que les entreprises sont à même de monter les États les uns contre les autres et de négocier réductions fiscales, subventions et infrastructures ad hoc avec chaque État.

Elles s’attaquent aussi ouvertement à l’État-providence et pressent les gouvernements nationaux d’un côté, d’abolir les droits sociaux acquis, et de l’autre, de garantir l’ordre et la loi, réduisant ainsi potentiellement l’État au rôle d’un gigantesque commissariat de police. En délocalisant la production ou en menaçant de le faire, les entreprises transnationales créent ainsi le chômage à la maison tout en refusant d’en payer le prix. Dans la mesure où tout se passe sans discussion au parlement, sans décision du gouvernement et sans modification de la loi, la mondialisation équivaut à une « infrapolitisation globale » de la société, qui politise la société moyennant une dépolitisation de l’État et met ainsi en péril l’État social et la démocratie“.

La société cosmopolitique

Face à ces menaces, Ulrich BECK a élaboré un certain nombre de propositions regroupées sans son Manifeste cosmopolite où il appelle à choisir entre la social-démocratie cosmopolite et la technocratie mondiale : « La première vague de dérégulations nationales exige une seconde vague de re-régulations transnationales. Sans ce pas décisif vers une démocratisation cosmopolite, nous nous dirigeons vers une société mondiale technocratique et post-démocratique ».

Pour faire émerger une société civile cosmopolitique, il propose plusieurs pistes : l’introduction de la taxe Tobin, le développement de partis cosmopolitiques à l’échelle mondiale, le boycott des produits qui ne satisfont pas aux normes sociales, politiques ou écologiques minimales, etc.

Plus récemment, Ulrich BECK a plaidé pour un découplage du travail et des revenus ainsi que pour la défense du “travail de citoyenneté” dans une logique assez comparable à ce que peut défendre, en France, Dominique MEDA.

En 2006, le sociologue allemand à publié Qu’est-ce que le cosmopolitisme que l’équipe de RéSo vous encourage à lire !

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